Les qualificatifs manquent pour décrire la beauté du massif de Gavarnie dont cet itinéraire permet d’en comprendre la complexité et la diversité. Une très belle journée de sommet en sommet.

Date : 2022/06/28
Distance totale : 25 km
Dénivelé positif : 1900 m
Temps de montée : 5h pour le pico Blanco
Temps de descente : 1h45
Conditions et commentaires : beau, se couvrant un peu sans conséquence.
Difficultés : accès un peu raide et hors-sentier à certains sommets.

 

Le beau temps revient avec quelques jours plus maussades durant lesquels la pluie a eu l’avantage d’assainir l’atmosphère, offrant une grande visibilité. C’est tant mieux ! Depuis le port de Boucharo, descendre de quelques mètres seulement pour trouver la sente cairnée qui amène à la forqueta de Gabieto. C’est à partir d’ici que le voyage commence véritablement. Je me régale déjà devant toute la complexité du versant NO des Gabiétous et admire, au loin, les couleurs du massif de la Tendenera. Bien que raide à la fin, la montée à la forqueta de Gabieto (2516 m) est facile et bien tracée. Pour aller au pic d’Escusaneta tout proche, premier d’une longue série de petits allers-retours aux sommets, il faut remonter une succession de gradins versant S et continuer jusqu’à retrouver la crête facile menant au sommet. D’ici, la vire Escuzana est bien visible au milieu des parois. Quelques cairns montrent la voie pour s’extirper de la forqueta de Gabieto et prendre pied sur le bon chemin qui se transforme ensuite en vire. Elle traverse l’ensemble des versants N puis O pour arriver sous les sommets du pico Mondarruego (ou punta Escuzana) et pico de Escuzana. Parfois humide à cause de résurgences, elle est toujours large et confortable sauf un passage de trois mètres un peu patiné demandant de mettre les mains (une corde fixe présente lors de mon passage mais à l’ancrage masqué derrière un rocher et qui n’inspire donc pas une entière confiance).

À la fin de la vire, pour rejoindre la punta de Narronal, je délaisse l’itinéraire bien tracé du col pour traverser le petit pierrier du versant N du pico Mondarruego. Plus haut, une banquette permet de rejoindre la crête sous la paroi verticale de l’antécime du Mondarruego. Je descends quelques mètres versant S pour longer la crête et la retrouver à proximité du sommet où une longue « taillante » (ça passe debout facilement) photogénique défend l’accès au sommet. Il serait possible d’utiliser une vire versant N pour l’éviter mais pas certain qu’il soit aisé de remonter au sommet ensuite. Belle vue dégagée vers l’ouest mais celle du Mondarruego, plus haut, est plus complète. Par le même itinéraire, je reviens à la sortie de la vire Escuzana pour monter au col puis au timide sommet du pico de Escuzana, simple éminence de la longue crête menant aux Gabiétous. Par contre, il est étonnant qu’au moins une des imposantes pointes avant les Gabiétous ne soit pas nommée.

Je suis surpris de voir des nuages qui sont déjà en train de se développer sur les versants sud. Malgré tout, je suis optimiste et déroge à mon programme initial en faisant un large détour vers le pico Salarons avant de rejoindre le pico Blanco. Pour cela, je descends en direction du plateau herbeux (« Aguas Tuertas ») qui précède l’entrée de la vire des Fleurs où je double deux français qui ont prévu de l’emprunter. De nombreux isards peu peureux déambulent dans ce secteur, certains m’observant à une dizaine de mètres à peine. Dans mon élan, je remonte en face jusqu’à la large échancrure au N du pico Salarons. La vue vers les versants S des 3000, dont le Mont Perdu, est toujours sensationnelle. Les falaises du pico Blanco, prises partiellement dans les nuages, dénotent d’austérité. Hormis un court passage plus raide où il faut poser les mains, la crête N du pico Salarons est facile. Malheureusement, les nuages masquent un peu la vue vers le canyon d’Ordesa.

De retour au large col, je fais un rapide détour à l’insignifiante torre de Lassus où j’érige un petit cairn. Sans redescendre sur le vaste plateau en contrebas, je traverse la pente d’éboulis sous le pico Blanco sans trop perdre d’altitude afin de rejoindre l’itinéraire du collado Blanco. Une sente cairnée remonte ce vallon austère occupé par un vaste pierrier sur le haut. Avant d’arriver au col, après un étonnant gouffre où se jette le torrent, je m’en vais essayer de trouver le pico Royo indiqué sur la carte IGN espagnole. Sur place, rien de probant, plutôt des creux et des dépressions qu’un véritable sommet. Je traverse un vaste replat où est pointé le pico Royo sur la carte et repars au collado Blanco (2833 m). Beau spectacle de textures et de couleurs si caractéristiques du massif de Gavarnie. Une sente passe versant E du pico Blanco dont les pentes modérées contrastent avec la verticalité des versants S et O. Puis, elle remonte une pente d’éboulis assez raide jusqu’au sommet. Très jolie vue qui souligne toute la diversité et la complexité du secteur.

Du collado Blanco, un itinéraire cairné traverse entre roches grises et orangés jusqu’à la brèche de Roland. Très belle approche de la brèche, ouverture frontalière insolite, particulièrement belle lors de ma visite avec le ciel d’un bleu très pur et le casque du Marboré en arrière-plan. Souvenir ému de notre visite au Mont Perdu il y a 9 ans avec l’impression de partir à l’aventure : un bivouac à l’arrache au col des Tentes et ce départ sous la nuit étoilée puis les sommets, qui m’étaient alors tous inconnus, se dessinant aux premières lueurs. Je me rappelle de la claque reçue au col des Sarradets face à la découverte soudaine du refuge, de la brèche de Roland et des sommets du cirque de Gavarnie. Ce passage à la brèche, où je n’étais pas passé depuis plusieurs années, est l’occasion de revivre ces chouettes moments. D’ailleurs, même après y être passé plusieurs fois, cette vue du col des Sarradets est toujours et encore un émerveillement. Après un petit encas au refuge, retour au col des Tentes avec évidemment un peu plus de monde alors que je n’avais croisé que 3 x 2 personnes jusqu’alors.