Concrétisation d’un projet qui me traînait en tête depuis quelques temps : une longue traversée du col d’Azet au tunnel de Bielsa en passant sur les crêtes sauvages de la vallée d’Aure. Un voyage exceptionnel.

Date : 2020/07/18-19
Distance totale : 44 km (J1 : 23 km)
Dénivelé positif : 4600 m (J1 : 2900 m)
Temps de parcours : J1 : 10h45 – J2 : 7h30
Conditions et commentaires : beau les deux jours.
Difficultés : de tout : hors-sentier, passages raides, crêtes découpées et en mauvais rocher (III max.), flair…

Accès voiture

Accès voiture : du col d'Azet, prendre la piste au sud sur 300 mètres jusqu'au bâtiment technique.

Tracé GPS

A venir.

 

Jour 1

 

D’avance, ce récit n’est pas un topo précis de cette traversée, je ne serai donc pas exhaustif sur l’ensemble des cotations, difficultés ou passages délicats. C’est un début de journée plutôt moribond consistant à remonter les pistes de la station puis nous basculons avec joie dans le vallon de Sarrouyes. Le bon chemin monte doucement jusqu’aux lacs de Sarrouyes (2169 m) puis se redresse avant d’atteindre la cabane métallique de bergers (2450 environ), joliment placé. Au-dessus des lacs de Miares, un berger surveille les nombreux troupeaux du secteur. Nous croisons sa route sur la crête de Bassiouente et longeons la crête N du pic de Parraouis avant de la rejoindre en crapahutant dans une de ses premières ramifications. Sommet du pic de Parraouis, le premier tas de cailloux du week-end ! Tout au loin, derrière le Lustou, un sommet dépasse et paraît si petit vu d’ici :
– « C’est le Batoua ? » me demande Lucille
– « Non il est encore derrière »
– « Ah quand même, on n’a pas fini ! »

Par conséquent, je ne lui ai pas montré la punta Suelza, de toute façon non visible, au pied de laquelle se situe notre cabane pour la nuit. La crête est un peu découpée avant de rejoindre le grand pierrier au SO du sommet. Nous franchissons une pointe intermédiaire avant de remonter vers le Lustou d’abord à flanc dans des éboulis exécrables puis sur la crête facile. Le pic de Lustou est un sommet assez isolé qui offre un large panorama. Nous prenons ici pied sur le gros morceau de la journée : la crête jusqu’aux pic de Batoua. Juste avant le pic d’Estiouère, nous croisons une personne dans une succession d’oscillations aériennes puis la crête plonge dans une brèche plus profonde. La remontée est aérienne et exposée. En nous retournant, la descente dans la brèche semble verticale et impossible mais ça passe pourtant bien. En contrebas, le(s) berger(s) sifflent, crient et tentent de regrouper les brebis. Le pic de Guerreys (ou de Bacou) paraît proche avec un fil assez roulant mais il n’en est rien : le terrain est moyen et les petits montées et descentes prennent du temps.

Passé le pic de Guerreys (ou de Bacou), nous franchissons deux autres ressauts occupés par des brebis crapahuteuses. Plus bas, l’une d’entre elles semble être en train d’agoniser dans le pierrier : festin imminent pour les vautours dont les passages sont incessants. La descente au port de Péguère est raide mais facile (2759 m). Nul besoin de préciser la qualité du rocher. Nous y croisons un montagnard espagnol. Là aussi, alors que la sévère montée au pic de la Niscoude semblait tout proche, il faut d’abord dépasser toute la partie plate et découpée autour du port de Péguère avant de s’élever au mieux sur la crête chaotique du pic de la Niscoude (Balinet pour nos voisins ibériques). Alors que le terrain s’adoucit, nous arrivons en haut d’une étroite brèche : je savais qu’elle existait grâce aux topos mais elle est vraiment insoupçonnable lorsqu’on ne regarde pas le sommet de profil. Lucille part à gauche dans une dalle exposée au-dessus du couloir, tandis que j’aborde la descente plutôt à droite (III) avant de revenir à l’aplomb du seuil. Pour s’extirper de la brèche, un autre court passage en III avant que le terrain ne s’assagisse jusqu’au sommet.

La descente est très facile, nous sommes heureux de marcher sans réfléchir en admirant le pic oriental de Batoua qui forme une impressionnante pyramide. Dernier obstacle : le pic de Guerreys. Notons quand même la confusion dans la toponymie et consulter la carte espagnole ne permet pas d’y voir plus clair. Après être parvenus à une brèche à son pied, nous grimpons un court passage en III nous permettant d’accéder à du terrain plus facile jusqu’au sommet. Une portion horizontale et aérienne nous dépose ensuite sous le pic oriental de Batoua défendue par une dernière montée raide mais facile (avec même un peu d’herbe, alleluia !). Pour résumer, je considère trois difficultés notables sur la crête Lustou – Batoua : la brèche sous le pic de Lustou autour des pics d’Estiouère et de Tour, la montée au pic de la Niscoude (ou Balinet) avec cette brèche nécessitant une descente puis une remontée en III et la zone autour du pic de Guerreys avec un passage en III puis une portion horizontale découpée.

Je préfère le panorama du Batoua à celui du Lustou le trouvant beaucoup plus varié avec notamment une grande palette de couleurs. De ce fait, la descente jusqu’au port de Cauaère (2526 m) est somptueuse avec un doux relief qui contraste avec ce que nous avons vu pendant 4/5 heures. Nous restons ensuite au plus près de la frontière facile hormis l’escarpement rocheux de la pène de Millarioux, facilement accessible par le S. C’est une charmante balade jusqu’au pic d’Ourdissétou. Déjà connu, nous le contournons par la droite car un cairn nous fait de l’oeil. Nous pensons que ce dernier indique une descente facile vers la piste puis le lac. Une descente oui, mais bien plus délicate que facile. Plus de cairns, un pierrier puis un cheminement très raide entre les barres nous déposent enfin sur la piste, ouf ! La cabane du col d’Urdiceto est en bon état mais sommaire avec seulement un poele, une chaise et sans source à proximité. Nous lui préférons donc le refuge du lac d’Urdiceto (2390 m). Baignade revigorante puis magnifique coucher de soleil sur les Posets et la Punta Suelza qui se reflète dans les eaux calmes du lac. Au moment de se coucher, les deux espagnols avec qui nous partageons l’étage ont vraisemblablement oublié le sens du mot discrétion ! Nous nous « vengerons » en nous levant à 6h15 le lendemain.

 


 

 

Jour 2

 

En apparence, les matelas du refuge sont pratiques. Par contre, cette matière bleue type matelas de gym au collège, ça colle à la peau. Vous rajoutez à ça l’absence de coussin et une impatience dans les jambes due à la longue journée, vous obtenez une sacrée nuit de m****. Paisible montée au port d’Ourdissétou (2403 m) sous les lumières rasantes du début de journée. Jusqu’à l’antécime (2751 m) ornée d’un grand cairn, la montée est facile accompagnés de nos fidèles copines laineuses. Pour rejoindre le pic de l’Espade, il n’y a pas besoin des mains mais la vague sente coupe parfois des pentes raides me faisant penser au terrain du pas de Gerbats. Magnifique panorama matinal et jolies lumières. La crête frontalière est défendue par un ressaut anonyme (2812 m) qui semble en bien mauvais rocher. N’ayant pas d’infos dessus, on décide de partir dans un couloir très croulant versant espagnol puis de traverser pour passer au pic de Castet et descendre au port d’Arriouère (2588 m). Pas sûr que nous ayons gagné du temps à cause des précautions prises pour ne pas s’envoyer des pierres. Après m’être renseigné en rentrant, la traversée de ce ressaut frontalier pourrait s’évaluer à PD : II en mauvais rocher pour y accéder.

Durant la montée facile au pic d’Arriouère, magnifique vue sur l’ibon de Trigoniero niché dans ce tranquille vallon suspendu. Le pic d’Arriouère est un grand sommet de la vallée d’Aure et plus largement des Pyrénées. Ni trop haut, ni trop bas, il offre un panorama varié et équilibré. Ses pentes sont étonnantes car constituées de millions d’ardoises qui chantent à chaque pas. Je me suis déjà noté d’y revenir à ski par le barranco de Trigoniero. Dans la descente vers le port de Moudang, nous faisons un crochet par le pic de Lia : un ressaut en II puis une portion horizontale plus facile avec une étonnante fracture rocheuse. Nous avons l’impression qu’un pan de la crête pourrait se décrocher d’un moment à l’autre. Large et sauvage, le port du Moudang semble délaissé. En y passant, j’ai l’image d’une boule de paille qui roule dans les ruelles vides d’un village du Far West.

Nous suivons la crête, quoique légèrement à flanc sur quelques hectomètres, pour rejoindre longuement la pointe 2654 m que les espagnols appellent parfois punta Marcatiecho. Après ce sommet, la crête plonge brutalement en mauvais rocher : nous évitons un premier ressaut par la droite, désescaladons un deuxième puis un mur me laisse dubitatif tant il semble exposé et en mauvais rocher. Pas moyen de passer à gauche, c’est une falaise, et à droite ce n’est pas inspirant non plus. Je lirai après coup que c’est un ressaut en II+ qui, sans connaître, m’a paru plus difficile et impressionnant d’en haut. Décision prise, nous remontons un peu pour contourner ce passage difficile : nous montons donc au pic de Marty Caberrou en regagnant la frontière juste avant l’antécime. La descente jusqu’au port de Héchempy (2454 m) est un immense champ d’éboulis entrecoupé d’un petit ressaut (terrain à isards). Au col, nous croisons deux randonneurs qui sont montés par la longue vallée du Moudang. L’un deux se délecte de la vue avec clope + coca (sic).

C’est ici que nous quittons la frontière. Un sentiment double m’habite : l’envie d’en finir pour manger une glace et prendre une douche mêlée à un peu de nostalgie comme tout joli voyage qui s’achève, aussi court soit-il. Nous traversons jusqu’au lac de Héchempy (2308 m). Nous nous laissons aspirer par des traces qui amènent à un col bien marqué sous le pic de Pène Abeillère (2477 m) que je crois être le port de Bataillence. Que nenni, ce dernier est plus au sud. Alors que nous espérions un bon chemin pour rentrer tranquillement, nous voici de nouveau hors-sentier, quelques cairns et puis plus rien. Parvenus dans les vastes pentes de gispet (Montagne de Bataillence sur la carte IGN), il faut veiller à ne pas descendre directement vers le tunnel au risque de buter sur des barres surplombant le torrent. Vous comprendrez que c’est du vécu. Mieux vaut traverser sans monter mais sans trop perdre d’altitude pour traverser le torrent avant que la profonde entaille ne se forme.

Nous avions laissé une voiture à l’ancienne douane de Bielsa. Pourquoi donc ? Pour se garder une option pour le pic de Garlitz très vite délaissé au profit d’un peu de repos, d’une glace à Saint Lary et d’un retour pas trop tardif à Toulouse. Merci à la voiture nous ayant déposé 4 km plus bas pour nous épargner la route.