Il neige. Quelques flocons commencent à blanchir les sommets, les couleurs des arbres ont été chassées par le vent. Les feuilles sont parties dans tous les sens, comme les quelques lignes qui suivent.

Parfois, j’aimerais qu’il neige trois mètres d’un coup pour éviter cette longue transition pyrénéenne.

Cette période m’agace un peu : au moindre saupoudrage, c’est l’excitation générale, les stations de ski communiquent comme des parcs d’attraction en espérant amasser le plus de réservations possible (je ne suis pas un anti-station primaire). C’est fou l’effet que peuvent avoir 30 centimètres de neige.

En partant le matin avec le sac à dos, les skis dans une main, et le reste des affaires dans l’autre, ce n’est pas facile d’ouvrir les portes. Tout cogne un peu partout. Pourtant, lorsque la neige est là, y a t-il plus exaltant que de dévaler un versant, parcourir ces paysages dénués de tout chemin et trouver la langue de neige salvatrice avant de déchausser ?

L’hiver dernier n’a pas été prolifique pour les sorties à ski de randonnée car j’ai rapidement enfourché mon vélo pour préparer la traversée des Alpes par la route des cols. J’espère me rattraper pour la prochaine.

L’été s’est donc terminé avec la satisfaction d’être allé souvent en montagne et d’avoir suivi quelques itinéraires qui m’intriguaient depuis longtemps. Alors que la résolution était d’aller visiter quelques classiques (une voie au pic d’Espade, arête Salenques – Tempêtes et j’en passe), de nouveau, je n’ai pas pu résister à l’attraction des sommets oubliés. Sans informations, le jeu consiste à trouver un point de faiblesse.

C’est inspirant de constater qu’il reste au moins autant d’idées qu’au début : des classiques, comme celles citées précédemment, mais aussi d’autres projets plus originaux.

Je suis conscient que s’aventurer sur du rocher douteux ou s’accrocher aux touffes de gispet est parfois dangereux, qu’un isard pourrait m’envoyer un caillou sur le coin de la figure ou qu’un bloc, accroché là depuis des millions d’années, pourrait soudainement aller voir ailleurs. S’il pouvait attendre un peu… Par superstition, j’ai l’impression que l’avoir pleinement en tête (le risque, pas le caillou…) augmente les chances de m’en préserver.

Cette saison fut aussi riche en rencontres. Profitant d’un rythme professionnel assez souple, j’ai eu la chance de travailler plusieurs fois en tant qu’aide-gardien durant plusieurs courts séjours : trois au refuge de Vénasque et un au refuge d’Espingo en toute fin de saison. Quel plaisir de passer ces instants là-haut : une autre manière de vivre la montagne.

Durant l’été, les visites sur le site augmentent nettement, les emails et les commentaires également. Si répondre aux questions et échanger sur les itinéraires me plaît beaucoup, j’apprécie moins faire un retour aux quelques remontrances sur les temps mentionnés car il est clairement indiqué qu’ils sont personnels, comme s’ils étaient notés sur un bout de papier. Ils sont parfois supérieurs aux temps moyens suggérés en montagne car je trouve du plaisir à avancer à “bon” rythme.

Enfin, un point sur les chiffres pour un court chapitre sur la collection. D’après les cartes officielles, il y a environ 765 sommets supérieurs à 2700 mètres d’altitude dans les Pyrénées. Après le week-end dans le Luchonnais de la crête des Hermitans à celle de Gargallosa, j’en ai désormais visité plus de 700.

Le nombre de 765 est d’abord évolutif puisque les cartes changent chaque année. Surtout, il est subjectif : par exemple, il n’inclut pas les 3000 secondaires alors que certains sont indiqués sur la carte IGN espagnole. Que faire également des aiguilles parfois non cotées ?

Ces détails sont totalement secondaires puisque l’important reste le chemin, la découverte, la lumière qui nous touchera en haut d’un col, l’heureuse surprise d’une trouée dans les nuages, le vent frais en haut d’un sommet, passer à l’abri des rafales au détour d’un relief, le reflet d’un lac au petit matin, les sommets qui s’embrasent, la silhouette des isards sur une crête, de trouver ce que nous allons chercher là-haut et surtout, peut-être, ce que nous n’allons pas chercher.

Bonnes sorties !