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Magnifique et rude boucle à l’ombre du pic de l’Aneto dans ce massif minéral, exigeant et austère où le recul des glaciers associé à la fonte avancée laissent place à un terrain majoritairement décomposé. L’ibon de la Maladeta, niché à proximité des murailles des pics Abadias et Maldito, est un endroit de bivouac idéal pour enchaîner les sommets.

Date: 14, 15 et 16/07/2017
Distance totale : 7+12+11 km
Dénivelé positif : 3300 m
Temps de parcours : J1 : 4h – J2 : 10h – J3 : 7h30
Conditions et commentaires : beau les 3 jours.
Difficultés : hors-sentier, pentes raides, terrain décomposé et exigeant, passages aériens.

Accès voiture

Accès voiture : puente de Cregueña. Après Benasque, quitter la route principale pour aller au camping du plan de Senarta. Après avoir traversé le torrent, laisser la piste montant au refuge des Pescadores et tourner à gauche pour suivre une autre piste qui longe le torrent. Se garer juste avant que la piste ne descende pour traverser à nouveau le torrent. Le panneau indiquant "Ibon de Cregueña" est un parfait point de repère.

Tracé GPS

Le tracé GPS est consultable ici : https://tracedetrail.com/fr/trace/trace/78320

- Tracé obtenu grâce à une montre GPS portée pendant la sortie mais susceptible d'avoir été corrigé a posteriori (bug, imprécision, arrêt involontaire, problème de batterie...).
- Les fonds de carte IGN (France) et Iberpix (Espagne et Andorre) sont disponibles en se connectant. Comment se connecter, sélectionner les fonds de carte et autres informations sur le module cartographique : Utiliser la cartographie
- Le dénivelé et la distance indiqués sur tracedetrail sont générés automatiquement en important la trace. Ces informations sont susceptibles de varier par rapport à celles présentes sur les récapitulatifs, qui ont été obtenues à l'aide d'un autre outil. Preuve en est que le dénivelé et la distance sont toujours à considérer à titre indicatif.

 

Jour 1

 

Après un départ de Toulouse en fin de matinée, c’est sous la chaleur que nous arrivons à Benasque puis au Puen de Creguena (1486 m), point de départ de ce périple de 3 jours. J’ai imaginé bivouaquer deux nuits à l’ibon de la Maladeta (2971 m) car l’endroit me semble idéal pour rayonner ensuite dans le massif. Ne reste plus qu’à le rejoindre …

Au départ, un grand panneau indique clairement la direction : « Ibon de Creguna – 3 h 30 ». Avare en lacets, le raide sentier s’élève dans les bois le long du torrent et aboutit à un joli plateau fleuri. Cette transition permet de souffler un peu même si la vision de ce qu’il reste à monter est plutôt inquiétante. Après 15 minutes plus faciles, le sentier s’élève à nouveau sévèrement sous les pins avant d’en sortir définitivement (2350 m environ) et de passer à proximité d’un petit laquet bien isolé dans cet univers si minéral. Suivre ensuite le torrent provenant du lac ainsi que les cairns jusqu’au vaste ibon de Creguena (2630 m) à partir duquel le paysage prend de l’ampleur avec ces pointes et aiguilles qui s’érigent toutes autour.

Au déversoir, monter directement sur la gauche (quelques cairns) et prendre de la hauteur. L’ibon de Creguena, d’un bleu profond, est maintenant visible dans sa totalité. Parvenus sous le pic le Bondidier, l’ibon de la Maladeta (2971 m) s’atteint ensuite rapidement. Le lac est encore majoritairement gelé. Il n’y a personne à l’horizon et l’endroit est d’une tranquillité absolue. Nous trouvons une aire de bivouac à proximité du torrent et allons admirer le coucher du soleil sur les massifs des Posets, du Schrader et du Haut-Luchonnais. Nous prenons place dans la tente alors que les pointes embrasées des pics Abadias et Maldito sont sur le point de s’éteindre.

 


 

 

Jour 2

 

Après une nuit calme, nous prenons la direction du col de la Rimaye dont l’accès par ce versant est confidentiel au contraire du célèbre couloir de la Rimaye que l’on rejoint depuis la Besurta. Nous repérons une cheminée d’apparence facile dans laquelle nous prenons pied après quelques mètres dans la rimaye. Le début de la cheminée est très croulant ; nous nous en écartons temporairement avant de la remonter facilement (II max.) et arrivons à un petit collet où la vue s’ouvre vers le N. Bémol : nous sommes arrivés trop à l’O du col de la Rimaye et un gros gendarme nous barre la route. S’il semble possible de le gravir sur la droite moyennant une escalade aérienne et pas si commode en apparence, la portion suivante ne semble pas facile et je n’ai pas envie d’être confronté à une désescalade délicate sans moyen de nous assurer. Nous décidons donc de descendre prudemment dans les terrasses du versant N, suspendues au dessus du glacier de la Maladeta où les crevasses commencent à s’ouvrir. Après une traversée à niveau puis ascendante, nous rejoignons le haut du couloir de la Rimaye puis le col. Ouf !

Nous avons perdu du temps en ce début de journée. Heureusement, seule une pente facile de blocs entassés nous sépare du célèbre pic de la Maladeta (3308 m), dont je foule enfin la cime. La crête jusqu’au pico Abadias est facile en suivant les cairns qui font passer temporairement à flanc versant O. Après être descendu au collado Maldito (3205 m), nous nous approchons de la paroi pour identifier le couloir rocheux du topo. Un attire notre attention juste à côté de la crête mais la suite semble difficile (après coup, je pense que c’était celui-là). Après avoir chaussé les crampons, nous allons voir s’il est possible de monter plus à l’E dans la paroi. Malheureusement, la rimaye est imposante et les étroits ponts de neige semblent fragiles. Idéalement, il aurait fallu corde + pieu à neige pour s’assurer mais n’étant pas équipés, nous prenons la direction du collado del Medio (3267 m).

Nous laissons les crampons et les bâtons pour monter facilement au pico del Medio (3349 m) duquel une crête découpée s’étire jusqu’au pico Maldito. Nous avançons une centaine de mètres sur la crête et observons un groupe d’espagnols descendre laborieusement de la pointe d’Astorg. Un rappel, des chutes de pierre et de longues minutes plus tard, ils semblent avoir enfin passé cette difficulté. Après une longue pause au sommet à observer un groupe de 3 personnes tentant de rejoindre la crête, nous sommes enfin convaincus de ne pas poursuivre cette fois-ci en direction de la pointe d’Astorg. Retour au collado del Medio et montée facile au pico Coronas (3293 m) après lequel nous rejoignons le col de Coronas ( m) dans du terrain assez raide et en mauvais rocher. Nous laissons les caravanes montant et descendant à l’Aneto pour basculer versant S. Les premiers mètres demandent un peu d’attention car c’est assez raide, soit croulant, soit lisse et jonchés de petits cailloutis piégeux. En tentant de perdre le moins d’altitude possible, nous entamons une longue traversée jusqu’au col d’Araguells (2905 m) au pied du pico d’Araguells (3037 m) dont l’itinéraire cairné louvoie entre les gros blocs. Le panorama est superbe sur le massif de l’Aneto et sur le lac de Creguena qui s’étend 500 mètres plus bas avec les Posets en arrière-plan.

De retour au col, la fatigue se fait sentir et il est temps de rejoindre le bivouac. Le topo de Florian Jacqueminet consistant à traverser à flanc dans les éboulis ne donne pas envie. Nous préférons descendre au lac de Creguena pour remonter hors-sentier et retrouver les cairns menant à l’ibon de la Maladeta. Contrairement à la nuit précédente, nous ne sommes pas seuls et un groupe de 3 personnes s’apprête à passer la nuit sur les rives du lac. Nous réaménageons notre confortable aire de bivouac. Le début de la nuit est chaotique et rythmé par les fortes rafales de vent. Elles s’estompent ensuite pour nous permettre de récupérer un peu avant une journée qui s’annonce encore bien remplie !

 


 

 

Jour 3

 

Une fois nos affaires rangées, direction le col Cordier (3121 m) pour une montée dans de gros blocs qui nous secoue d’entrée. Nous y laissons nos sacs pour un aller-retour au pic Le Bondidier (3144 m) sur une crête parfois découpée (II) mais où les cairns indiquent le cheminement le plus aisé. De retour au col Cordier, montée au col entre pic Cordier et pic Sayo. Nous laissons le sac pour faire le long aller-retour au pic Cordier (3263 m) offrant une belle vue sur la Maladeta. Nous montons ensuite au pic Sayo (3211 m) et descendons la crête (II, gros blocs peu aériens) jusqu’au collet au pied du pic Mir que nous visitons en aller-retour, délestés de nos sacs.

Nous gagnons le col d’Albe (3081 m) par une traversée dans les éboulis versant S et faisons l’aller-retour jusqu’à la dent d’Albe. Jusqu’à la Muela d’Alba (3111 m), c’est sans problème, facile et cairné. Un court mur semble ensuite difficile à désescalader et il faut descendre de 20 mètres versant S pour traverser à flanc (II+) jusqu’à retrouver un terrain plus facile menant à la dent d’Albe (3120 m). Retour au col d’Albe par le même itinéraire. Nous descendons ensuite un raide couloir croulant pour traverser les restes du glacier d’Albe entre névés et éboulis pour remonter ensuite à la brèche dans un terrain médiocre. Attention à ne pas envoyer des pierres surtout si un groupe prend tranquillement sa pause dans l’axe de la brèche et daigne vouloir s’écarter. Les pentes terminales deviennent plus raides à l’approche du sommet et nécessitent de poser les mains. Les cairns indiquent plusieurs itinéraires possibles, tous similaires. Le sommet est à l’extrémité du massif de l’Aneto et offre une vue limpide et dégagé. C’est aussi le dernier sommet de ce périple qui annonce une longue, une très longue, une très très longue descente !

De retour au pied du pic d’Albe, partir vers l’E puis plonger en direction des ibones de Alba. Lorsque nous pensons être au niveau de la brèche d’Albe, nous tentons de traverser à flanc en direction de cette dernière. Nous longeons donc les imposantes murailles de la crête des 15 gendarmes jusqu’à parvenir à l’aplomb de la brèche nous paraissant la plus évidente. Bon choix car il y a un cairn à son pied. Les dernières mètres nécessitent de passer dans une boîte aux lettres amusante (II) pour pouvoir basculer de l’autre côté.

Nous pouvons observer la vallée où nous sommes montés l’avant veille. Nous visons l’ibonet de Creguena bien plus bas : le gispet raide laisse place à un interminable pierrier après lequel nous retombons sur le chemin. Il fait chaud et la descente est décidément bien longue sur ce sentier usant. Lucille souffre d’ampoules et c’est avec soulagement que nous retrouvons le parking pour une baignade salvatrice !